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Une acception française de la formation continue qui se distingue en Europe


Les comparaisons internationales ont cela de bénéfiques, c'est qu'elles rendent visible la conception nationale dominante d'une pratique particulière. C'est tout à fait cette tentative que nous allons exposer dans cette partie. Plus précisément, nous allons voir comment les entreprises selon leurs nationalités utilisent la formation certes de manières différentes, mais aussi et surtout avec des "formes" différentes. Les déclarations des entreprises françaises sont éminemment intéressantes à cet égard puisqu'elles affichent un recours presque exclusif aux formations de type stage, et cela sans communes mesures avec leurs voisines européennes. Toutes ? Pas tout à fait, car celles de nationalité autrichienne ont des comportements très semblables. C'est parce qu'il nous a été difficile de trouver des similitudes structurelles ou organisationnelles entre ces deux nations, que le recours à une approche plus "culturelle" de cette pratique nous a semblé intéressant. Nous allons voir qu'il est en effet possible de retrouver dans l'histoire de la formation de ces pays une conception scolaire de l'éducation de telle manière qu'il s'agit d'une forme hautement privilégiée dans le recours à la formation en cours de vie professionnelle. Nous allons, dans les pages qui suivent, d'abord présenter les différentes formes de formation auxquelles les entreprises ont recours; formes qui indéniablement varient en fonction de l'appartenance nationale des entreprises. Cela justifiera notre recherche des éléments institutionnels et structurels pouvant expliquer ces différences observées, pour en arriver à interpeller la notion d'acception de la formation.

  1. L'enquête CVTS (Continuing Vocational Training Survey) -2

Les données présentées dans cet article sont issues de la seconde enquête européenne CVTS-2 réalisée à l’initiative d’EUROSTAT, l’office des statistiques européennes. Cette enquête porte sur la formation continue financée, partiellement ou entièrement par les entreprises en 1999, à destination de leurs salariés. Elle couvre tous les pays de l’Union européenne ainsi que les pays candidats, soit près de 25 pays. Le volet français a été réalisé par le CEREQ et la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du Travail (DARES).

CVTS-2 repose sur un questionnaire standardisé soumis aux entreprises de plus de dix salariés du secteur privé, hors santé et agriculture. Elle permet d’analyser les modalités de recours à la formation continue et livre des informations quantitatives sur les stagiaires, les volumes horaires des formations, ainsi que sur leur contenu et leur coût.

Cette enquête porte d’abord sur les « stages et cours », c’est-à-dire les formations ou les enseignements professionnels dispensés par des enseignants, des lecteurs ou des maîtres de conférence, organisés par les entreprises ou un prestataire externe sur une période définie à l’avance, mais ne se déroulant pas sur le lieu de travail. Elle fournit également des informations sur les actions moins formalisées telles l’auto-formation, la formation en situation de travail (FEST), les colloques ou les séminaires ayant un objectif de formation, la rotation organisée sur les postes de travail ou encore des cercles d’apprentissage ou de qualité. Nous les appellerons ici "autres types de formation" par opposition à la formation stage ou cours.

L'ensemble des données de cette enquête ainsi que les calculs ici présentés sont disponibles sur le site Internet d'EUROSTAT
        1. Formes de la formation et effet sociétal


L'enquête CVTS-2 (voir encadré) rend compte de la diversité des pratiques de formation continue en entreprise. Les pays du Sud de l'Europe (Espagne, Italie, Portugal et Grèce) se caractérisent par un faible recours des entreprises à la formation. Les déclarations des entreprises de ces pays n'excèdent pas les 36% (Espagne). Les entreprises des pays du nord de l'Europe affichent quant à elles, des recours à la formation beaucoup plus élevés, avec pour minimum la Belgique, dont 70% des entreprises déclarent avoir mis en place au moins une formation, jusqu'au Danemark, dont 96% des entreprises sont dans ce cas.

  1. Pourcentage d'entreprises par pays déclarant avoir mis en place au moins une formation quelque soit sa forme10 en 1999

Danemark

96%

Suède

91%

Pays-Bas

88%

Royaume-Uni

87%

Norvège

86%

Finlande

82%

Irlande

79%

France

76%

Allemagne

75%

Autriche

72%

Belgique

70%

Espagne

36%

Italie

24%

Portugal

22%

Grèce

18%

Moyenne

66%

Sources : EUROSTAT enquête CVTS-2

La différence d'intensité des recours à la formation entre ces deux groupes de pays traduit des utilisations, mais aussi vraisemblablement des conceptions différentes de la formation. Si les comportements des entreprises grecques ou portugaises peuvent trouver des explications à partir d'une moindre avancée technique et technologique de leur appareil productif, dont on sait qu'il s'agit d'une dimension importante dans le recours à la formation (Géhin 1989, Margirier 1991, Zamora 2003), ce n'est le cas ni de l'Espagne, ni celui de l'Italie. Il est de ce fait particulièrement difficile d'avancer ces explications uniques quant aux différentes pratiques des entreprises en matière de formation.

Les entreprises européennes divergent aussi concernant les types de formations. Le tableau 1 montre trois groupes de pays qui peuvent être distingués : ceux dont la forme stage de la formation domine très largement (Autriche, France et Pays-bas); les nations dont les pratiques font apparaître un faible écart entre les deux formes de formation avec une tendance à privilégier les formes stages et cours, c'est le cas de la Norvège, la Suède, la Finlande, le Danemark, l'Espagne et l'Italie. Enfin, les pays où les entreprises privilégient en majorité les "autres formes de formation" comme L'Allemagne, la Grèce, le Royaume-Uni, le Portugal et de manière plus marquée encore l'Irlande et la Belgique. Face à ces différences, nous pouvons parler de substitualité ou de complémentarité d'un type de formation par un autre. Les pays du premier et troisième groupes sont dans un processus de substitualité, alors qu'il s'agit de complémentarité pour le second groupe. Nous pouvons noter à ce titre que ce groupe est constitué des pays scandinaves dont l'éducation des adultes est particulièrement développée, institutionnalisée et accessible à une très grande part de la population. La Suède est emblématique à cet égard avec une proportion aussi importante d'adultes que d'étudiants dans les universités. Parmi les pays où prédomine la substitualité au profit de la forme stage, l'Autriche et la France affichent leur particularité.

  1. Pourcentage d'entreprises par pays déclarant avoir eu recours à au moins une formation en 1999



Cours et stages de formation professionnelle continue11

(1)

Autres formations
(2)

Ecarts entre cours et stages et les autres formations

(1)-(2)

Autriche

71%

27%

44

France

71%

41%

30

Pays-Bas

82%

70%

12

Norvège

81%

75%

6

Suède

83%

78%

5

Finlande

75%

72%

3

Danemark

88%

87%

1

Espagne

28%

27%

1

Italie

23%

22%

1

Allemagne

67%

72%

-5

Grèce

9%

15%

-6

Royaume-Uni

76%

83%

-7

Portugal

11%

20%

-9

Irlande

56%

75%

-19

Belgique

48%

67%

-19

Sources : EUROSTAT enquête CVTS-2

Ces deux nations présentent toutes deux le plus d'écarts entre la proportion des entreprises ayant réalisées des formations de types "stages et cours" (71%) et celles qui déclarent avoir réalisé des formations d'autres formes" (respectivement 27% et 41%). Ces résultats ne manquent pas d'étonner. Comment en effet expliquer des différences aussi notables dans les déclarations? Quelles sont les spécificités de ces deux pays qui puissent rendre compte d'utilisations de la formation continue de manière aussi particulière, par rapport aux autres pays européens ?

Les travaux de Greinert (2004) permettent d’expliciter les différences sociétales dans les déclarations des entreprises en matière de pratique de formation continue : "Georg (1997) considère que le modèle explicatif des différences nationales spécifiques dans la formation professionnelle des masses doit être élargi pour inclure les constellations des relations culturelles et fonctionnelles-structurelles prédominantes au sein d'une société, c'est-à-dire sa culture et sa structure" (Greinert Op.Cit, p.20). Sur cette trame, nous allons rechercher des éléments de structures et de cultures communs entre l'Autriche et la France susceptibles d'expliquer le recours privilégié de leurs entreprises à la forme "stage et cours" de la formation continue. Ainsi allons-nous présenter les résultats en deux parties. Dans la première, étayée par les données de l'enquête CVTS-2, nous allons voir que certaines spécificités institutionnelles et structurelles nationales peuvent expliquer les différentes formes de recours à la formation continue. Mais, comme cette première dimension ne rend que partiellement compte des similitudes entre l'Autriche et la France, nous allons introduire la dimension culturelle dans la seconde partie. Et c’est véritablement cette dimension qui explique la polarisation de la formation autour de la forme stage dans ces deux pays. De ce fait, nous les traiterons en parallèle, avec comme contre-point les autres nations européennes dans la mesure de leur pertinence sur l'élément abordé. La recherche de similitudes entre la France et l’Autriche vise donc à montrer qu’une conception sociétale de la formation prédomine dans ces deux pays, ce qui justifie qu'une conception positive de la formation pré-existe aux expériences individuelles de cette pratique.
        1. Des éléments institutionnels et structurels partiellement explicatifs de la tendance à privilégier la forme stage


Dans le cadre de la prise en compte des effets de structure, nous allons aborder trois points qui nous semblent avoir des conséquences sur les déclarations des entreprises : le degré de coercition institutionnelle de la politique de financement de la formation continue, la taille des entreprises et les possibilités nationales d'externalisation de la formation continue par les entreprises.
          • L'importance du degré de contrainte institutionnelle et ses liens avec les déclarations des entreprises : une relation spécifiquement française

Des contraintes institutionnelles pourraient être à la source des écarts entre les types de formation dans les différents pays européens. Prenant le cas français, Cam et al. (1995) notaient l'importance des "demandes externes" dans le processus de formalisation des actes de formation en entreprise. La thèse défendue par les auteurs est que, d'une part le manque de précision dans la définition légale de la formation, et d'autre part le fait qu'il s'agisse d'une obligation légale, sont les raisons qui amènent les entreprises à ne retenir et répertorier que certains types de formations. La conséquence serait une sous ou sur-valorisation de certains actes de formation.

Dans cette perspective, nous avons postulé que les différents modes d'organisations des systèmes de formation continue peuvent traduire des degrés de coercition différents, ce qui génèrerait des degrés de formalisation plus ou moins importants des actes de formation. En d'autres termes : plus le degré de coercition est important, plus la formalisation des actes de formation serait importante, donc, plus l'écart observé entre les formations de types stages et cours et les autres formes est positif. De ce fait, l'Autriche et la France devraient être ceux dont le mode d'organisation de la formation continue est le plus coercitif.

Les données permettant de "typer" le mode d'organisation du système de formation continue sont issues des travaux d'Aventur et Möbus (1998, 1999) et Aventur et al (1999). Ces auteurs retiennent quatre types d'organisations possibles du système de formation professionnelle continue dans les pays d'Europe. Le premier est l'obligation de financement par les employeurs. C'est spécifiquement le cas de la France et de la Grèce. A l'opposé, il y a le système de "libre choix" des employeurs. C'est le cas de l'Allemagne, de la Finlande, de la Suède, et du Portugal. Entre ces deux pôles se trouvent deux autres modes dont le premier se rapproche de la notion de "libre choix" des employeurs. Il s'agit pour les États de mettre en place des mesures d'incitations aux pratiques de formation continue, comme c'est le cas des déductions fiscales. C'est le cas du Royaume-Unis, l'Autriche, et la Norvège. Le second mode intermédiaire d'organisation de formation continue est plus proche de l'obligation de financement. Il s'agit d'un système dit de "contraintes limitées" instauré aux employeurs par le truchement de conventions collectives. L'Italie, les Pays-Bas, le Danemark, la Belgique, l'Irlande et l'Espagne (accords tripartites) sont concernés par ce mode d'organisation du système de formation continue. Le tableau 2 présente le croisement entre les modes d'organisation de la politique de formation et les déclarations des formes de la formation continue.

  1. Degré de contrainte dans le financement de la formation continue par les entreprises et formes d'utilisation de la formation continue



Obligations de financement

Contraintes limitées

Libre choix incité

Libre choix

Forte prédominance de formations de type stage et cours

France

Pays-Bas

Autriche




Faible écart entre les types de formation mais une majorité de cours et stages




Danemark

Espagne

Italie

Norvège

Suède

Finlande

Prédominance des "autres types de formation

Grèce

Irlande

Belgique

Royaume-Uni

Portugal Allemagne

Source : CVTS-2 traitement personnel


Concernant l'Autriche, le rapport entre le degré de coercition et les déclarations des entreprises n'est pas probant puisqu'il s'agit d'un pays où le financement de la formation continue et son organisation se font dans le cadre d'un "libre choix incité". En revanche le cas de la France corrobore l'hypothèse d'une relation entre le degré de coercition et la formalisation de la formation. L'obligation de financement des entreprises françaises pourrait avoir comme conséquences de privilégier les déclarations en direction de certaine forme particulière de formation continue. Verdier (1990) rappelle que la loi de 1971 repose sur une conception très formalisée de la formation continue : les actions doivent se dérouler "conformément à un programme qui, établi en fonction d'objectifs préalablement déterminés, précise les moyens pédagogiques et d'encadrement mis en œuvre et définit un dispositif permettant de suivre l'exécution de ce programme et d'en apprécier les résultats […]" ; l'auteur concluant que "l'archétype est donc le stage se déroulant en dehors des lieux de production". Pourtant, en contre-point, les autres pays européens ne valident pas cette hypothèse, la Belgique ou la Grèce étant particulièrement à l'opposé des résultats escomptés. De ce fait, même si les déclarations entreprises françaises sont influencées par l'obligation légale (maintenue avec la loi de mai 2004), il ne s'agit pas d'un argument transposable aux autres pays.
          • L’influence de la taille des entreprises et les possibilités d'externalisation

Blumberger et al. (2000) s'intéressant spécifiquement à l'Autriche, nous donnent des explications sur les pratiques de formation continue dans ce pays : "L’importance de la coopération avec les établissements de formation des adultes pour le développement des qualifications dans l’économie apparaît clairement si l’on sait que, parmi les deux millions de salariés des entreprises industrielles et commerciales, 52 % travaillent dans des entreprises employant moins de 50 personnes" (p. 78). Les conclusions des auteurs mettent en exergue l'aspect coopératif des entreprises autrichiennes avec les établissements de formation des adultes, et nous proposent une explication quant à l'écrasante prédominance des formes scolaires d'éducation des adultes sur les autres formes possibles. Les PME auraient ainsi à leur disposition un parterre d'organismes de formation particulièrement étendu et organisé, ce qui faciliterait le recours à la formation continue pour les salariés de ces entreprises. Ce "parterre" d'organisme faciliterait l'externalisation de la formation continue et donc le recours à la forme stage de la formation. Le lien étant que l'externalisation de la formation réduit les recours à des formes d'apprentissage comme la rotation des personnes sur les postes de travail, l'auto-formation ou encore les cercles d'apprentissage. Nous allons tester cette hypothèse comme réponse possible.

Une des caractéristiques de l'Autriche, selon Blumberger et al (Op.Cit) ou Aventur et Möbus (Op.Cit.), serait son tissu productif composé d'un grand nombre de PME. La taille des entreprises est en effet une dimension importante de l'intensité du recours à la formation, avec de manière récurrente un parallèle entre l'augmentation des actes de formation (tous types confondus) proportionnelle à celle de la taille des entreprises. Dans ce cas, si l'Autriche affiche un fort taux de PME, ce pays devrait rendre compte d'un plus faible recours à la formation que des pays européens où les grandes entreprises sont sensées être en proportion plus importantes. L'explication privilégiée est que la structure PME leur permet moins qu'aux grandes entreprises de recourir à des mesures internes formalisées de formation continue. Le tableau 3 nous montre le pourcentage de salariés dans les entreprises de 10 à 49 salariés en 2002 pour chaque pays européen.

  1. Pourcentage d'entreprises par pays déclarant avoir mis en place au moins une formation en 1999



Tous types de formations professionnelle

Part des salariés travaillant dans une PME12 en 2002

Royaume-Uni

87%

13%

Pays-Bas

88%

17%

Irlande

79%

18%

Finlande

82%

22%

France


76%

25%

Suède

91%

25%

Allemagne

75%

26%

Autriche

72%

29%

Belgique

70%

29%

Danemark

96%

30%

Norvège

86%

31%

Grèce

18%

32%

Italie

24%

34%

Espagne

36%

35%

Portugal

22%

41%

Moyenne

66%

28%

Sources : EUROSTAT enquête CVTS-2

Avec 29% des actifs autrichiens travaillant dans une entreprise de moins de 50 salariés, ce pays est légèrement au-dessus de la moyenne européenne. En ce sens, il pourrait s'agir d'une des explications d'un recours privilégié à la forme stage ou cours de la formation continue, même si les proportions ne sont pas écrasantes. En d'autres termes, les possibilités de formation présentent à l'extérieur des entreprises réduiraient les pratiques en interne et limiteraient mécaniquement le recours à des formes moins formelles d'apprentissage (rotation, auto-formation, cercles d'apprentissage…). Ce qui reste du domaine de l'hypothèse pour l'Autriche ne l'est en revanche plus pour la France dont la proportion de PME est en dessous de la moyenne des pays ici présentés.

L'hypothèse d'un effet de taille des entreprises sur la forme de la formation n'est pas ici écarté pour l'Autriche, alors qu'elle l'est pour les autres pays européens. En effet, les quatre pays en tête dans ce classement sont les pays du sud de l'Europe qui affichent plus de 30% de leurs actifs comme salariés d'une PME. Nous avions vu qu'il s'agissait de pays dont le recours à la formation est, comparativement aux autres pays européens, très faible. Si l'on met à part ces pays du sud de l'Europe, l'Autriche se trouve donc dans le groupe de tête des pays ayant un fort pourcentage de salariés œuvrant dans les PME et en parallèle un fort taux de recours à la formation. Mais, le fait que la Norvège, le Danemark et la Belgique constituent ce groupe ne suggère que peu de lien de cause à effet entre la taille des entreprises et le recours à un type de formation particulier. Le tableau 1 montrait en effet que la Belgique avait un écart entre les formations scolaires et les non-scolaires de (-19 points) contre 1 point pour le Danemark et 6 points pour la Norvège. A l'instar de la proposition de Blumberger et al (Op.Cit.), l'hypothèse d'un effet de taille des entreprises doit être associée à la possibilité d'externalisation dont disposent les PME.

Rappelons sommairement que le recours au stage peut être mis en lien avec la spécificité des organismes proposant de la formation continue. L'externalisation de la formation suggère que soit privilégié le recours à la forme scolaire (stage ou cours) de la formation continue, puisque sont exclus de cette pratique l'autoformation, les FEST ou les apprentissages sur poste de travail, pour ne citer que ceux-là. Sur la base de ce constat, le tableau 4 fait état des entreprises, par pays, qui ont eu recours à au moins une formation de type stage ou cours en 1999. Ces formations en entreprise se déclinent selon deux modalités : en interne ou en externe. Le total ne correspond pas à cent pour cent car une même entreprise a pu avoir recours aux deux formes, l'une n'excluant pas nécessairement l'autre.

  1. Pourcentage d'entreprises proposant des cours de formation professionnelle continue (cours), par type de cours et par classe de taille en 1999



Cours internes

Cours externes

Pourcentage sur la totalité des entreprises

Entreprises de 10 à 49 salariés

Pourcentage sur la totalité des entreprises

Entreprises de 10 à 49 salariés

France

49%

42%

95%

94%

Autriche

57%

52%

97%

97%

Moyenne

53%

47%

91%

89%

Sources : EUROSTAT CVTS-2

Lecture : parmi les entreprises autrichiennes ayant eu recours à des formations de type stage en 1999, 57% déclarent qu'il y avait au moins un stage interne.

Ce tableau nous montre que les entreprises autrichiennes déclarent avoir fourni des cours externes dans une proportion très importante certes, mais non distinctive des pratiques en vigueur dans les autres pays. Sur les quinze pays, dix ont un pourcentage d'entreprise supérieur à 91%. En Europe, il semble donc que lorsque les entreprises fournissent des stages à leurs salariés, dans une grande majorité des cas, ils sont effectués à l'extérieur de l'entreprise. L'externalisation suggérée par les travaux précédemment cités, pourrait être facilité par l'organisation de l'offre de formation en Autriche, mais c'est aussi le cas pour un grand nombre de pays. En ce sens, nous ne pouvons pas dire qu'il s'agit d'une caractéristique distinctive de l'Autriche, et elle l'est d'autant moins que les entreprises autrichiennes ne se distinguent pas par la faible mise en œuvre de "cours internes", ce qui serait une des conséquences de l'externalisation. Elle se situe même au-dessus de la moyenne européenne dans ce domaine. Cela signifie que même s'il est vrai que l'externalisation est un peu plus importante que dans les autres pays (mis à part les Pays-Bas) le recours des formations de type stage se déroulent aussi dans les entreprises, et cela au-delà de la moyenne européenne (57% pour les entreprises autrichiennes contre 53% en moyenne). A ce titre, la taille des entreprises ne parait pas être un obstacle, puisque 52% des PME déclarent avoir mis en œuvre au moins une formation "cours en interne".

Les entreprises françaises ne se caractérisent pas non plus par une plus forte externalisation (elles affichent des similitudes avec celles de nationalité autrichienne), mais se distinguent plutôt par une faible internalisation des formations, ces pratiques étant encore plus marquées pour les PME.L'hypothèse d'un recours privilégié à la forme stage de la formation continue du fait d'une possibilité (ou d'une nécessité) d'externalisation est un argument à retenir plutôt pour les entreprises françaises. Ce qui devait être une explication pour l'Autriche, fonctionne mieux pour la France.

Ainsi, les éléments structurels communs à l'Autriche et à la France sont susceptibles de rendre compte d'un recours privilégié des entreprises à la forme stage ou cours de la formation continue. Ce sont en effet plus certains de ces éléments qui peuvent être appliqués à l'un ou l'autre pays. C'est donc dans une perspective plus "culturelle" des comportements que nous allons maintenant nous tourner.
        1. Une même acception formelle de l'éducation


Heikkinen (2004) notait très justement la nécessité d'appréhender les modèles sociétaux d'éducation d'un point de vue historique et contextuel pour en comprendre les fonctionnements contemporains. C'est dans cette double dimension que nous entendons l'approche culturelle que nous proposons. Là-encore l'Autriche et la France vont être abordées successivement, et ceci toujours avec l'objectif de comprendre ce qu'il peut y avoir de commun dans l'histoire de ces deux pays qui justifient la prédominance du recours à la forme stage dans les pratiques formatrices en entreprise.
          • Le "formalisme" autrichien en éducation comme explication du recours privilégié des entreprises aux stages de formation

Bien que n'entrant pas au sens strict, dans le cadre législatif, la formation continue n'a eu de cesse de soulever l'intérêt des acteurs publics autrichiens. D'abord dans le cadre de l'éducation des adultes qui prend naissance au début du 19ème siècle sous l'impulsion de groupes sociaux tels que l'Église, les chambres patronales et syndicales, et les partis politiques, et ceci même si la Constitution fédérale ne fait pas explicitement référence à la formation des adultes.

L'ensemble du système de formation continue autrichien s'est donc construit autour de la notion d'éducation des adultes, mais aussi autour de celle de deuxième chance, comme le stipule explicitement la filière de formation mise en place par l'État autrichien. Le but affiché est la promotion sociale des individus, promotion passant par l'obtention de titres validant les niveaux acquis. Cette conception de l'éducation au fondement de l'organisation et de la construction du système de formation a pu potentiellement marquer les esprits des citoyens, de telle manière que le terme de formation soit instinctivement associé à une pratique spécifique; laquelle se décline sous la forme scolaire, c'est-à-dire le stage et le cours. En d'autres termes, un effet de conception (de représentation) de la formation jouerait, de telle sorte qu'une partie importante des actes de formation ne soit pas nécessairement prise en compte comme telle par les acteurs de la société autrichienne, ou tout au moins qu'une forme plus formalisée soit de manière systématiquement privilégiée.

L'hypothèse d'une sur-représentation des formations de type stage se retrouve dans le constat que Bjørnåvold (2000) fait du système autrichien. Comparativement aux autres pays européens, cette nation peine, selon l'auteur, à s'emparer du débat sur la reconnaissance des formations non formelles. Parmi les raisons énoncées, quatre nous paraissent fondamentales : la place et le fonctionnement du système de formation initiale qui est extrêmement formalisée; un effet de spécialisation très marqué, qui se traduit par des profils professionnels très étroits,Un système très hiérarchisé dans lequel les "unités capitalisables" n'existent pas, ce qui entraîne qu'une filière inachevée n'est pas reconnue. Enfin, la nature spécialisée du système de formation qui entraîne un "verrouillage professionnel" rendant les transitions horizontales ou verticales très compliquées.

A l'instar de l'auteur, nous pouvons reprendre les conclusions des représentants des partenaires sociaux (Mayer et al. 1999), et plus particulièrement, celle du représentant des employeurs qui s'exprime en ces termes : "Je regrette de devoir dire que nous sommes de grands formalistes et que nous prenons comme point de départ que tout ce qui n'est pas certifié n'est pas formellement appris et, par conséquent, n'existe pas" (p.67). Les causes d'un manque de prise en compte de reconnaissance des compétences partielles et non formelles, tiendraient donc à "la hauteur et la légitimité du système de formation initiale"(p.67). Les conclusions de ces travaux étayent notre propos, en fournissant un élément explicatif du fort recours des entreprises de formations de type stage. L'organisation, la légitimité, la "hauteur" du système d'enseignement autrichien, et donc son formalisme, dépasserait les frontières de l'éducation initiale pour se propager à la formation continue. Ce point de vue devient alors totalement cohérent avec les données sur les pratiques des entreprises autrichiennes (forte proportion de cours internes et externes).

Mais cette formalisation n'est pas sans conséquence sur la représentation de la formation. Les pratiques de formation sont en effet le produit d'une représentation spécifique de la formation, qui en retour, contribuent à l'identification d'une certaine forme de la formation. Si l'on applique cette thèse à notre propos, la formalisation de la formation (initiale et continue) en Autriche pourrait entraîner des pratiques tournées exclusivement vers des formations formelles et écarter toutes celles qui ne recouvrent pas ces caractéristiques. Les déclarations des entreprises seraient l'écho d'une conception particulière de la formation, une conception scolaire de l'éducation. Par un effet d'habitude dû à une conception sociétale, la forme stage de la formation serait privilégiée au détriment par exemple des formations sur le tas. Nous allons voir un processus similaire en France.
          • La formation continue "à la française" : l'héritage d'une conception "scolaire" de l'éducation

Nul besoin ici de revenir sur l'histoire de l'éducation post-scolaire en France, puisque c'est précisément sur ce point que portait notre introduction. En revanche, nous ne pouvons passer sous silence quelques travaux essentiels qui permettent de prendre la mesure de l'importance de la forme de l'apprentissage dans le système de formation français.

Si l'on définit la forme scolaire de l'éducation à partir des critères retenus par Fusulier et Maroy (1994) (sur la base d'une définition proposée par Perrenoud 1990); c'est-à-dire comme un contrat didactique entre un formateur et un apprenant et une pratique sociale distincte et séparée d'autres pratiques sociales; il est possible de montrer que dès lors que le système éducatif français a relâché une de ces deux caractéristiques, cette branche de l'enseignement s'est vue être dévalorisée au profit d'une forme plus "pure". Cela a été spécifiquement le cas de l'enseignement professionnel.

Dans ce pan du système d'enseignement français, des liens plus ou moins denses sont tissés entre la sphère éducative et la sphère professionnelle. L'apprentissage ou l'alternance qui est une des composantes de ce type d'enseignement, s'appuie sur des stages en entreprise contrairement aux pratiques en vigueur dans l'enseignement général. Dans ce cas, la distinction entre sphère éducative et sphère professionnelle n'a plus lieu. Géhin et Méhaut (1993) rappellent d'ailleurs qu'en France la formation professionnelle a eu un statut social et économique très dévalorisé : "Les orientations s'y faisaient sur une base négative d'échec dans la voie longue; la voie courte ne permettait que très difficilement de réintégrer ensuite des études longues; les enfants des catégories sociales élevées étaient quasiment absents de ces filières". De même qu'ils insistent sur le fait que l'apprentissage est relégué à certains secteurs d'activité (bâtiment, hôtellerie, coiffure….) composés essentiellement de petites entreprises. L'apprentissage apparaît comme une "filière minoritaire et marginale au sein d'un système de formation professionnelle dominé par la forme scolaire", ce que tendent aussi à montrer les travaux de Tanguy (1991) ou Verdier (1997). Ainsi, dès lors que l'enseignement en France a rompu avec sa forme scolaire initiale, cette partie de l'éducation s'est vu être dévalorisée.

A l'instar de l'Autriche, il existe une acception française de l'éducation visant à privilégier la forme scolaire au détriment des autres formes d'éducation. De ce fait, il devient fortement plausible que cette représentation particulière se retrouve dans les pratiques formatives post-scolaires. Ainsi, le fait que dans ces deux pays les entreprises privilégient les formes scolaires d'éducations, s'avère être lié autant à des éléments structurels spécifiques à chacun des pays (degrés de coercition, tailles des entreprises et possibilités d'externalisation), qu'à des éléments culturels communs aux deux nations. Or, l'acception de l'éducation en tant que caractéristique sociétale, est un des éléments le plus à même de rendre compte, non seulement de la prédominance de formes stages et cours dans les pratiques, mais suggère fortement qu'un principe de sous-représentation des autres formes puisse être en œuvre. Ainsi penchons-nous pour l'idée d'une représentation scolaire de la formation qui réduirait l'acte formatif à cette seule forme, laissant dans le silence les autres pratiques. Nous allons voir que dès lors que le questionnement sur les pratiques éducatives post-scolaires élargit le spectre de la formation, le nombre de déclarations concernant "les autres formes" de l'éducation grandit lui aussi.
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