Les maux et les mots des problèmes écologiques contemporains Dominique bourg professeur ordinaire – Université de Lausanne





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date de publication10.07.2017
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SEMAINE 1 : ENVIRONNEMENT, ECODEVELOPPEMENT ET DEVELOPPEMENT DURABLE


Ce document contient les transcriptions textuelles des vidéos proposées dans la partie « Le développement durable aujourd’hui » de la semaine 1 du MOOC « Environnement et développement durable ». Ce n’est donc pas un cours écrit au sens propre du terme ; le choix des mots, l'articulation des idées et l’absence de chapitrage sont propres aux interventions orales des auteurs.

Les maux et les mots des problèmes écologiques contemporains

Dominique BOURG
Professeur ordinaire – Université de Lausanne


Pour présenter de façon synthétique les problèmes, les difficultés écologiques contemporaines, on peut les présenter de la façon suivante : comme deux fronts.

  • Le premier front est celui de la déplétion des ressources.

  • Les premières ressources que nous épuisons, ce sont évidemment les ressources fossiles et grosso modo 85 % de l'énergie primaire que l'on consomme au monde est d'origine fossile.

  • Or, nous sommes déjà contraints d'aller chercher des pétroles, du gaz, dans des conditions extrêmement difficiles, sous les glaces, sous la mer, dans la roche mère, à des profondeurs importantes, avec des forages verticaux et horizontaux etc. et tout cela a un coût énergétique de plus en plus élevé.

  • En d'autres termes, on consomme de plus en plus de pétrole pour ramener du pétrole. C'est pareil pour le gaz. Ça commence à devenir pareil pour le charbon.

  • On a le même genre de difficultés, le même problème de déplétion avec les métaux.

  • En fait ils sont - pour certains seulement - abondants sur terre, simplement là où on peut les exploiter c’est lorsqu'ils sont concentrés pour des raisons telluriques et même parfois des raisons bactériennes et là on a pratiquement déjà fait le vide ou en tout cas on s'en approche.

  • Alors c'est très variable selon les métaux, certains métaux comme le gallium, on ne produit que quelques dizaines de tonnes au monde, on est très proches de l'épuisement.

  • Pour d'autres, on va produire beaucoup plus, le cuivre et encore beaucoup plus le fer mais là aussi, on approche de l'épuisement des ressources acceptables, possibles sur un plan énergétique.

  • On a même le problème avec le sable, il y a des régions au monde où on manque de sable, où on manque d'eau. Alors vous allez me dire il y a le désert, ben oui mais ce n’est pas le même sable, on ne peut pas faire du ciment avec.

  • On a des problèmes avec tout ce qui est ressources biotiques, avec les poissons etc. et de façon générale entre 1970 et 2010 on a détruit la moitié des mammifères, la moitié des oiseaux, la moitié des poissons, la moitié des reptiliens et des amphibiens.

  • Donc partout, partout où il y a des ressources indispensables aux activités humaines, nous sommes en train de les épuiser.

  • Et puis, il y a un second front et c'est le front en fait des régulations du système biosphère. C'est le front des limites planétaires. Et quand on franchit ces limites, et bien on fait basculer le système Terre vers un autre équilibre et c'est précisément ce que nous avons déjà fait. Alors, il y a neuf de ces limites :

  • On a le cycle du carbone avec le climat ;

  • On a la biodiversité ;

  • On a les cycles de l'azote et du phosphore ;

  • On a l’acidification des océans ;

  • On a la déplétion de la couche d'ozone ;

  • Nous avons les problèmes d'eau ;

  • L'usage des sols ;

  • Les aérosols… etc.

  • Il y a neuf de ces domaines, on ne sait chiffrer le seuil que pour six de ces domaines et depuis 2015, nous avons franchi quatre de ces limites.

  • Les papiers de références sont ceux de Rockström (2009), et janvier 2015 pour Steffen.


On a franchi la limite dans le domaine :

  • Du cycle du carbone et du climat ;

  • La limite dans le domaine de l'érosion de la biodiversité :

  • La limite dans le cadre des cycles de l'azote et du phosphore ;

  • Et plus récemment encore, en matière d'usage des sols avec la question de la déforestation.

  • Et ça c'est très important parce qu'on bascule et c'est ce qu'on appelle l’anthropocène, c'est-à-dire l'ère dans laquelle nous entrons a été caractérisée par le fait que l'humanité est devenue une force géologique.

  • On a même un impact sur la tectonique des plaques, sur l'activité volcanique par la fonte de la masse glaciaire de l’inlandsis.


Mais la grande difficulté, c'est que tous ces problèmes ne sont pas visibles et donc les mots qu’on emploie pour les qualifier sont très importants puisqu'on ne les voit pas.

  • On ne voit pas le fait qu'il y a 400 molécules de dioxyde de carbone dans un volume d'un million de molécules d'air, on ne voit pas les micros polluants qui sont dans cette salle etc.

  • On ne perçoit pas avec nos sens les radionucléides, etc. etc.


Alors déjà le mot environnement lui-même qu’on est allé rechercher grosso modo - du moins pour la langue française -, dans les années 70, il était déjà, il avait déjà pénétré avec VIDAL DE LA BLACHE au début du XXe siècle mais on l’a pris parce qu'on avait l'impression d'avoir besoin d'un nouveau mot pour qualifier des problèmes nouveaux ce qui n’était pas du tout faux mais en même temps, ce mot environnement il est très anthropocentré, comme vous l’avez vu, nous sommes une force géologique et on influe déjà au-delà de l'environnement sur le système Terre lui-même.


Mais revenons sur trois mots, le mot pollution, le mot crise et puis le mot risque.

  • Très rapidement le mot pollution, vous l'avez vu, en fait je l’ai même oublié. Je n’ai pas parlé de pollution quand j'ai parlé de déplétion et quand j'ai parlé des neuf limites, j’ai oublié. L’une de ces neuf limites c’est précisément la pollution chimique.

  • Donc vous voyez, ce n’est qu’un aspect - grave par ailleurs, surtout sur un plan sanitaire -, mais ce n'est qu'un tout petit aspect des problèmes d'environnement.

  • Donc quand on dit les problèmes d'environnement, c'est la pollution, ben non, on réduit extrêmement la réalité et puis les pollutions on peut les réduire avec des aspects techniques, avec des techniques nouvelles. Là on a essentiellement des problèmes de flux et en fait les techniques avec l'effet rebond font qu’en général elles nous permettent d'accroître les flux donc elles ne nous permettent pas de résoudre les difficultés qui sont les nôtres aujourd'hui.

  • On parle de crise, c'est tout à fait inapproprié de parler de crise.

  • Imaginez par exemple qu’on ait trois degrés d'augmentation à la fin de ce siècle, vous aurez encore deux degrés dans les tuyaux, c'est-à-dire qu’il y aurait deux degrés de plus à la fin du XXIIe siècle et ça pour 5 000 ans et ensuite ça va redescendre sur des milliers d'années decrescendo.

  • On ne peut pas parler de crise, une crise c’est un moment difficile qu’on doit traverser. Là non, on rentre dans un état nouveau de la planète et de même, si on allait trop loin dans nos dégradations, on pourrait compromettre l'existence de l'espèce humaine sur Terre.

  • Parler de risque à ce propos ça n'a pas de sens. Un risque ce sont des dommages circonscrits et des dommages qu'on peut compenser.

  • Si la planète devenait hostile au séjour des hommes, ça ne serait pas un risque, on pourrait appeler ça un dommage transcendantal.


Donc il est très important de désigner avec les mots les plus justes possible - qu'on peut faire aussi évoluer dans le temps -, ces difficultés d'environnement parce qu'encore une fois, elles échappent à nos sens.

Développement durable : regards croisés entre Nord et Sud

Alban VERCHERE
Maître de Conférences – Université Jean Monnet de Saint-Etienne


Le thème sur lequel nous sommes invités à nous exprimer aujourd'hui porte sur les regards croisés que peuvent porter le Nord et le Sud sur le développement durable et devrait-on dire, finalement, soutenable, cet anglicisme qui correspond mieux finalement à cette idée de trouver un développement qui soit tenable au regard des limites de la planète.

Compte-tenu de l'interdépendance croissante du Nord et du Sud en matière de développement et de la même façon de l'interdépendance croissante de leurs soutenabilités respectives - j'entends ici qu'il apparaît difficile au Sud d'être sur une trajectoire durable si le Nord ne l’est pas lui-même et réciproquement - cette question finalement de ce thème des regards croisés appelle deux questions :

  • Une première consiste à s'intéresser aux représentations que le Nord et le Sud peuvent se faire du développement durable ;

  • Et l’autre porte autour des rapports - de façon d'ailleurs plus prégnante, d’une certaine façon -, porte sur celle des rapports que le Nord et le Sud peuvent entretenir autour du développement durable de l'humanité toute entière à laquelle, évidemment, ces deux entités appartiennent.


Mais avant d'y venir, je voudrais revenir rapidement sur la dichotomie Nord-Sud que l'on emploie encore régulièrement, même si naturellement elle est en partie datée.

  • Alors, elle est datée pour une raison simple, c'est que depuis l'accélération sans précédent, le rythme inouï de la mondialisation, en gros depuis les années 70, nous n'avons plus à faire à des touts homogènes, bien qu'ils ne l'étaient sans doute pas à l'époque et c'est même l’évidence, mais on a à faire à des ensembles qui sont beaucoup plus hétérogènes, beaucoup plus éclatés par suite de cette mondialisation.

  • En effet, entre certains pays d'Asie qui ont connu une trajectoire assez spectaculaire depuis ces quarante dernières années et certains pays d'Afrique, notamment de l'Afrique sahélienne ou encore de la corne de l'Afrique, encore pris au piège du sous-développement et du mal développement, il y a une distance qui est naturellement considérable.

  • On pourrait dire la même chose d’ailleurs du Nord, il n'y a qu'à voir et là on entre dans le sujet, à quel point États-Unis, Canada, Australie et européens ont achoppé sur la question du réchauffement climatique, des gaz à effet de serre dans le cadre du protocole de Kyoto pour saisir qu'il n'y a pas plus un Nord qui serait uni, un Nord unique, qu’il n’y a de Sud qui serait unique et uni.

  • Elle est également doublement datée dans la mesure où au-delà de cette hétérogénéité croissante, au-delà de cette variété entre Nord et Sud, à certains égards, plusieurs pays du Sud s'apparentent de plus en plus au Nord, d'une certaine façon, le Nord on dirait le Sud entre guillemets à certains égards et de la même façon le Sud, on dirait de plus en plus le Nord.

  • J'entends là aussi, et très simplement que quand on voit l'enrichissement manifeste d’un certain nombre de pays du Sud depuis une quarantaine d'années, il est bien évident qu'il n'y a une distance que très faible maintenant avec certains grands pays du Nord et de la même façon, ou même différemment, certains pays du Nord ressemblent à certains égards de plus en plus au Sud. Sans doute il y fera de plus en plus chaud, bon ça c’est un fait si on doit s'en tenir aux dimensions de proprement climatiques mais au-delà, le Nord, en tout cas certains pays du Nord ont vu une partie de leur population se paupériser depuis ces quarante dernières années, ont vu les inégalités augmenter, d’effets stylisés qu'on croyait largement derrière nous et surtout qu'on associait très souvent au Sud.


Pour autant, cette dichotomie fait quand même sens pour deux raisons :

  • D'abord une raison très simple, élémentaire, c'est qu'on le veuille ou non à l'échelle de l'humanité, à l'échelle de l'histoire de l'humanité, le Nord reste globalement riche, très riche, ayant même atteint sans doute l'opulence en particulier en regard d'un Sud qui en dépit bien sûr de l'enrichissement de certaines zones et des évolutions contrastées entre certains pays du Sud, et bien un Sud qui reste quand même encore souvent pris au piège ou face à des difficultés que nous ne connaissons plus quant à l'accès à l'alimentation, quant à l'accès à l'eau, quant à l'accès à l'éducation, à la santé et puis plus largement aux droits et libertés les plus fondamentaux ou encore à la sécurité la plus élémentaire.

  • Donc en cela, le Nord reste quand même une entité à part.

  • De la même façon, le Sud se caractérise par, je vous le disais, des travers qu’on ne connaît plus au nord et de ce point de vue-là ce n'est pas incohérent de considérer qu'il y a encore des signes caractéristiques du Sud.


Elle fait également sens et évidemment bien sûr, concernant la question qui nous intéresse aujourd'hui, le développement durable et ça pour une raison assez évidente, assez élémentaire, c'est que le Nord a connu un développement bien avant le Sud et qu'à ce titre là il porte une responsabilité : une responsabilité première dans les atteintes considérables portées à l'environnement depuis en gros 150 - 200 ans.

  • Donc nous la reprendrons à notre compte et c'est pourquoi nous parlerons régulièrement de Nord et de Sud.

Alors, j'en viens maintenant à nos deux questions par lesquelles nous avons commencé ce propos, à savoir celle des représentations Nord/Sud du développement durable et des rapports qu’entretiennent le Nord et le Sud quant au développement durable.


Alors d'abord je voudrais faire quelques propos liminaires sur le rapport à la nature, j'ai envie de dire, dans l'histoire.

  • Si au fond on regarde l’histoire ancienne et si on devait par exemple s’en remettre aux textes sacrés des plus grandes religions, qu'il s'agisse du bouddhisme, de l'hindouisme, du confucianisme, du christianisme, de l'islam, voire aux religions qui ne sont pas celles des livres comme la religion animiste, au fond, on ne serait sans doute pas aux antipodes et dans toutes ces religions on trouverait un rapport de l'homme à la nature sans doute pas si éloigné que ça, avec une nature qui s'impose à l’homme, qui lui offre un certain nombre de bienfaits c'est l'évidence, la naissance, y compris des plantes bien sûr, la croissance mais aussi une nature qui impose, j’ai envie de dire, son rythme, ses événements, voilà, des épisodes de sécheresse, en passant par les tempêtes, en passant par les inondations avec leur cortège de conséquences pour l'humanité, la disette, parfois pire, la famine, les épidémies et finalement la mort.

  • J’ai envie de dire que pendant très longtemps finalement ce rapport de l'homme à la nature n’a sans doute pas été à des années-lumière selon qu'on était au Sud, au Nord, dans telle ou telle région du monde.

  • Évidemment les choses ont changé à partir, on va dire, de la Renaissance et vont s'accélérer bien sûr à partir du XVIIIe et XIXe siècle.

  • Depuis le siècle des Lumières et la Révolution rationaliste jusqu'aux révolutions positivistes et industrielles du XIXe siècle, très clairement le Nord va prendre une trajectoire particulière et va mettre la nature à son service ; ça a toujours été le cas mais elle va la mettre avec l’impression que la nature est sans limite, sans réserves.


Est-ce à dire pour autant que le Sud parce que, pendant ce temps-là, il n’a que très peu contribué ou participé à la dégradation de l'environnement, est-ce à dire que le Sud a eu un comportement vertueux ?

  • Naturellement non. C'est davantage la conséquence d'un sous-développement, d'un non-développement, d'un mal développement et bien moins l’adhésion à un rapport beaucoup plus fort à la nature.

  • Et j'ai envie de dire, pendant toute l’ère coloniale et après l'ère coloniale, on verra le Sud finalement répliquer entre guillemets au développement du Nord, de façon beaucoup plus déséquilibrée bien sûr, mais avec des mêmes impératifs, nourrir une population, accumuler des richesses et avec somme toute un souci très limité de la nature.


C'est d'ailleurs à ce titre-là qu’on peut comprendre l’évolution des rapports entre le Nord et le Sud et j'en viens donc à cette question des rapports entre le Nord et le Sud.

Au fond, si tout le monde a été à peu près d'accord pour convenir que compte-tenu de la responsabilité historique du Nord, et bien il fallait que le Nord fasse le premier un effort et c'est ce qui en gros avait été entériné dans le cadre du protocole de Kyoto même si on sait ce qu'il en est advenu et même si on sait naturellement qu’un grand nombre de pays du Nord n'ont pas fait les efforts qu'on attendait, en tout cas à peu près tous ont acté leurs responsabilités de ce point de vue-là, il n'y a plus de doute par rapport au Sud en particulier.

  • Maintenant, il est bien évident à regarder le développement phénoménal de pays que j'évoquais toute à l'heure et en particulier d'Asie - la Chine, l'Inde -, il est bien évident que ces pays, compte-tenu d’un développement qui jusqu'à maintenant n'a pas lui-même pas vraiment été centré sur la préservation de la nature, il est bien évident qu'il faudra redéfinir et sans doute, ça va être l'objet des débats, y compris de la COP 21 qui va se tenir en fin d'année en France, à Paris, il est bien évident qu'il faudra redéfinir les responsabilités de chacun et qu'on ne pourra pas durablement trouver des accords qui comptent simplement sur le Nord, les efforts du Nord pour déboucher sur un développement durable.


Il apparaît évident que c'est une ressource qui est désormais collective et elle l’est d'autant plus vis-à-vis en particulier de cette partie du Sud qui est restée très peu développé, parfois même à l’état d'extrême pauvreté y compris étendue d'ailleurs à des petites îles, à des petites îles-états par exemple d'Océanie face auxquelles, naturellement, nous devons trouver des solutions rapidement y compris au Sud, dans l'ancien Sud.

Le développement durable est-il une notion dépassée ?

Franck-Dominique VIVIEN
Professeur – Université de Reims Champagne-Ardenne


Le développement durable est-il une notion dépassée ?

  • La question mérite d'être posée. Le développement durable est lancé officiellement par le rapport BRUNDTLAND, rapport qui est publié en 1987.

  • C'est une notion qui a connu un succès absolument extraordinaire puisqu'en quelques décennies finalement c'est devenu un mot que pratiquement tout le monde connaît aujourd'hui même si le contenu n'est pas toujours très clair, cette notion on la voit partout maintenant, elle est affichée par les acteurs publics, par les acteurs privés, les acteurs économiques, etc.

  • Succès extraordinaire, ces acteurs aussi s'en sont saisis pour mener à bien des politiques à différents niveaux : politique internationale, politique européenne, politique nationale, les acteurs locaux, au niveau des communes, des intercommunalités, des régions, etc.

  • Les acteurs privés aussi, les entreprises qui affichent des logos de produits verts, qui ont des règles de management, de développement durable etc.

  • Une notion dont qui a connu un succès, une diffusion et une appropriation absolument étonnants.


Et en même temps, ce succès est ambigu. La notion peine toujours à être définie de manière très précise. Pas simple non plus à opérationnaliser cette notion, comment on fait concrètement du développement durable ?

  • Troisième élément qui fait que ce succès mérite d’être questionné, il y a une sorte de récupération de la notion.

  • On sait bien qu'il y a un certain nombre d'entreprises, notamment, qui font ce qu'on appelle du green washing, en français de l’éco blanchiment, c'est-à-dire ils repeignent en vert ou ils présentent très bien certaines opérations qui finalement sont, certes spectaculaires mais qui ne traduisent pas finalement une modification fondamentale des modes de production et de consommation.

  • Le portage politique lui-même il est problématique. Finalement on parle beaucoup de développement durable, les acteurs publics comme je l'ai dit sont très engagés, sont très présents dans ces sommets, des grands discours endiablés mais qu'en est-il derrière ? Le portage politique n'est pas très fort finalement.

  • Et puis il y a la crise, la grande crise de 2009 - 2010, cette grande crise du capitalisme qui vient aussi fragiliser la question du développement durable.

  • On le voit bien aujourd'hui, c'est la question du court terme qui est présente. Le développement durable c'est la logique du long terme.

  • C’est comment entre les générations futures, on va faire pour améliorer les conditions de vie, pour rendre un développement économique plus égalitaire et pour respecter la planète, pour faire vite ?


Maintenant qu'est-ce qu'on voit ? La dette, cette dette qui était privée et qui a été transférée aux acteurs publics et il faut réduire la dette, il faut baisser le déficit etc.

  • On voit bien que c'est la finance et qui plus est, c’est le court terme, qui viennent finalement dans notre horizon politique immédiat.

Donc, cette notion de développement durable, elle est effectivement très ambigüe. Elle est omniprésente et en même temps très fragmentaire, très fragile, très opaque finalement.


Un autre élément qui concourt effectivement à montrer que cette notion de développement durable devient aujourd'hui un peu problématique, c'est la montée en puissance finalement d'autres notions, d'autres notions qui viennent questionner et qui viennent peut-être aussi remplacer la notion de développement durable.

Alors, ce n'est pas nouveau, il faut se le rappeler, la notion de développement durable elle-même elle est venue concurrencer, pour ne pas me dire remplacer la notion d'écodéveloppement.

  • La notion d'écodéveloppement qui était sortie après 1972, après la conférence de Stockholm et qui essayait de concilier précisément environnement et développement, cette notion d'écodéveloppement donc qui est restée la grande notion reprise au niveau international pendant toute la fin des années 70 et pendant toutes les années 80.


Le développement durable lui, comme on le sait, il apparaît à la fin des années 80 et puis il monte en puissance dans les années 90 et 2000.

Donc, le développement durable lui-même, il est venu effectivement prendre la place en quelque sorte d'une autre notion qui est l’écodéveloppement. La question qui peut se poser aujourd'hui c'est : est-ce que lui-même, le développement durable, il n'est pas en train de subir finalement la concurrence d'autres types de notions ?


Alors, parmi ces différentes notions qu’on peut pointer, j’en retiendrai deux :

  • La première, c'est celle de la croissance verte ou de l'économie verte.

  • Alors c'est une notion qui n'est pas nouvelle. Elle-même, elle a été lancée à la fin des années 80, c'est-à-dire en réponse au développement durable par un certain nombre d'économistes, des économistes de l'Ecole de Londres, David PEARCE notamment, un des grands économistes qui a proposé cette notion d'économie verte qui n'a pas été remarquée et reprise immédiatement, mais qui avec la crise de 2009 - 2010 là est revenue fondamentalement en force.

  • Voilà, un certain nombre de grandes publications de la Banque Mondiale, de l'OCDE, du programme des Nations Unies pour l'environnement ont remis à l'ordre du jour cette notion de croissance verte.

  • C'était aussi la crise donc les investissements publics, dans certaines nouvelles technologies pour essayer de relancer l'économie et en même temps de la mettre peut-être sur une trajectoire de développement durable.

  • Donc cette notion de croissance verte, est très présente finalement à Rio + 20, à Rio 2012, donc cette grande conférence de Rio qui se tient 20 ans après le premier sommet de la Terre.

  • Ce sommet, Rio + 20, un sommet très court, un sommet où il y a finalement assez peu de discussions et cette notion d'économie verte est une notion qui est affichée effectivement officiellement comme un des grands éléments de cette conférence de Rio + 20.

En même temps, elle est problématique puisqu'elle-même elle n'est pas très définie de manière très précise finalement selon les publications que l'on prend, selon finalement si on regarde le rapport qui est adopté pendant Rio + 20, The future we want (Le futur que nous voulons), selon le paragraphe sur lequel on va se placer, on va voir que cette notion d'économie verte finalement elle peut aussi faire l'objet d'un débat, d'une discussion.

  • Donc une notion controversée et une notion qui ne va pas être adoptée de manière unanime notamment, les pays du Sud sont un petit peu inquiets sur cette notion-là dont ils ont peur aussi qu'elle les contraigne finalement dans leur stratégie de développement.

  • Deuxième notion qu'on a vu apparaître, là aussi à partir des années 2000, peut-être encore plus avec la grande crise économique, c'est la notion de décroissance.

  • La notion de décroissance elle-même ce n'est pas une notion nouvelle, elle est même relativement ancienne puisqu'on la voit apparaître dans les années 70 avec le premier rapport du Club de Rome en 1972, le rapport qui pointe les limites de la croissance, est bien la notion de décroissance est proposée à ce moment-là.

  • Donc elle aussi c'est une notion qui a déjà une longue histoire, qui va cheminer un petit peu en marge pendant longtemps et qui est revenue très fortement avec des nouvelles conceptions, des nouveaux auteurs etc. à partir des années 2000.

  • Elle aussi elle profite finalement des interrogations qui pèsent sur la notion de développement durable.

  • Alors, cette notion de décroissance elle-même, elle fait l'objet d'une infinie discussion, un très grand débat et d'interprétation. La décroissance, ce n’est pas une théorie précise mais c'est un ensemble de perceptions, un ensemble de controverses, c’est un champ, je dirais, à lui tout seul.


Parmi ces différentes interprétations, ces différentes figures, j’en retiendrai une : celle qui est proposée par Serge LATOUCHE notamment.

Alors pourquoi c’est intéressant ici ?

  • Parce que la notion de décroissance qu’il va pointer lui, c'est je dirais la notion de révolution, révolution au sens politique du terme, au sens où on changerait nos valeurs, on changerait nos manières de décider et on changerait même la place qu'occupe finalement l'économie dans notre manière de faire et dans notre manière de penser.

  • Voilà, c’est une sorte d’appel finalement à plus d’autonomie individuelle, à plus de solidarités collectives et puis aussi finalement à une consommation moindre, plus frugale en quelque sorte.


Si on résume bien un peu l'état du débat aujourd'hui, d'un côté on a cette économie verte, cette croissance verte où la notion centrale ici, c’est la notion de ce qu'on appelle l’éco-innovation, de l'innovation verte, les technologies vertes comme on dit, c'est-à-dire une version très ingéniériale où c’est beaucoup de technologies, où c'est beaucoup de technocratie.

  • C’est un peu quelque part l'idée de la révolution industrielle, le développement durable est-ce que c'est à travers une sorte de nouvelle révolution industrielle qui va advenir et donc là on est très technophiles en quelque sorte.


Ou, c’est ce qu’on voit à travers Serge LATOUCHE, est-ce que finalement le développement durable ça va advenir à travers une sorte de révolution mais ici plutôt au sens politique du terme, plutôt portée par les activistes, par des militants pour changer nos manières de faire ?

MOOC UVED EDD – Environnement, écodéveloppement et DD - Le DD aujourd'hui

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